Copyright © 2009 ALBIS -


CENTRE -

Samedi 19 juin 2010
Villepin, l'Apaisator
Dominique de Villepin a jeté les bases d’un mouvement baptisé République solidaire,
samedi à Paris. Engouement certain chez des militants venus
de banlieues, mais interrogation
aussi sur les intentions de l’homme et sa communication
Du « V » partout dans la halle Freyssinet, où des milliers de personnes trépignent
d’impatience, samedi 19 juin. « V » comme victoire, « V » comme Villepin. « V » comme
« Les Visiteurs ». Avec cette grande lettre rouge dans le dos de leur t-
Ce samedi après-
La « star » du jour se fait attendre, permettant à des militants de s'exprimer tour à tour sur scène. Chacun explique les raisons de son engagement dans ce nouveau mouvement. Une femme qui se présente comme féministe, issue des quartiers populaires ; une femme médecin, un agriculteur, un jeune diplômé ; les organisateurs de cette journée se sont attachés à présenter un panel d’une France « en quête de renouveau ».
Une quarantaine de jeunes entrent dans la salle scandant « Villepin président » et arborant une banderole « Corbeil Essonne avec Villepin ». Au même moment, une vidéo est projetée sur trois écrans géants. Mais le flux des images est saccadé, en contre jour, avec un son hoquetant. On y aperçoit malgré des gens, jeunes et de moins jeunes, qui donnent leurs avis sur la politique. Mais voilà que Dominique De Villepin arrive dans la salle entouré d’une nuée de caméras et de photographe, et d’une foule qui le suit jusqu'à l'estrade.
Des « Villepin », des « Villepin président » emplissent la halle, jusqu'à l’arrivée de l’intéressé sur la scène. Une fois qu’il y a posé le pied, le silence se fait. S'ensuit une bonne heure et demie de discours. DDV comme certains l’appellent, s'adresse non pas à d’irréductibles Gaulois mais aux « irréductibles insoumis » qu’il convie à la révolution. Révolution contre les « bastilles » contemporaines, celles de « l'argent », de la « discrimination », entre autres.
L’homme, c’est connu, a de l’éloquence et de la prestance. Son attention marquée
aux banlieues fait mouche. Brahim, un ingénieur de 28 ans, semble en tout cas conquis
par « son côté fédérateur et apaisant ». Chômage, retraites, identité nationale,
conflit au Proche-
A plusieurs reprises, Villepin s’en prend à la politique de Nicolas Sarkozy, dont
il ne prononcera pas une fois le nom dans son allocution. « Nous n’acceptons pas
les dérives du débat sur l’identité nationale et ce gouvernement qui instrumentalise
les peurs sur l’islam. Nous n’acceptons pas que le Kärcher tienne lieu de politique
dans le domaine des réalités sociales », lance-
« N’oublions pas les fils et petits-
Si le discours fédère manifestement l’auditoire, l’intendance, elle, ne semble pas à la hauteur. « J'étais chaud, et là je suis de plus en plus froid, confie Mourad. DDV a une vraie popularité, notamment dans les quartiers, mais l'équipe qui travaille à la mobilisation des gens et des énergies aurait pu mieux faire, ça fait amateur. Ils sont aux antipodes des stratégies de mobilisation, ils ne savent pas utiliser un réseau, les invitations pour le lancement de ce mouvement se sont retrouvées dans les spam, ils ne savent pas gérer et risquent de commettre les mêmes erreurs que Ségolène Royal et Bayrou. »
Villepin était pourtant parti à la rencontre de « 70 jeunes têtes de réseaux », dans un café du Quartier Latin, des jeunes issus des banlieues qu'il était censé mobiliser pour qu'ils mobilisent à leur tour. « Malheureusement rien n'a été fait dans la durée, regrette Mourad. L'équipe aurait dû prendre les coordonnées des participants, créer un listing, envoyer des remerciements, créer une cartographie, rien de tout ça n'a été fait, ils sont à côté de la plaque. »
Cet homme qui distribue des tracts semble donner raison à Mourad. Il les distribue donc avant d'aller tous les récupérer lorsqu'il se rend compte qu'ils contiennent une faute. « A moins d'un changement radical sur sa communication et sa mobilisation, il est condamné à perdre, et ça à cause d'une équipe merdique. On est très loin du Yes We Can d'Obama », conclut Mourad, très remonté. Dominique de Villepin et son équipe de communicants semblent ignorer l’importance des réseaux sociaux, dont ils sont pour ainsi dire absents. Le rassemblement du jour n’y avait même pas été annoncé…
Après Mourad le grincheux, Hakim l’enthousiaste. Chauffeur de bus de métier, il est
«totalement emballé » par la prestation du fondateur de République solidaire. « Avant,
je ne votais pas, mais là je suis vraiment convaincu qu'il va changer les choses,
dit-
Président d'une association, Millenium, qui se propose d’éduquer les jeunes à la
politique, Hakim est venu ce samedi avec une quarantaine de jeunes écouter le discours.
« Contrairement à Nicolas Sarkozy, Villepin ne nous a jamais insultés, il est plus
habile dans le choix de ses mots », observe-
Annoncé comme un nouveau parti, « République Solidaire » ressemble plus à un mouvement
d’inspiration gaulliste qu’à une formation politique à proprement parler. C’est là,
du moins, ce que les personnes présentes hier à la Halle Freyssinet ont compris.
Eugénie, consultante en communication et membre du Club Villepin, veut y croire :
« J'espère que le mot solidarité ne sera pas un vain mot », dit-
Widad Ketfi et Latifa Zahi